« Un monde sans assurance est une économie sans souveraineté »
Tribune de Jean-François Cousin, Président de PLANETE CSCA publiée le 15 juillet 2026.
16 / 07 / 2026
Climat, cyber, géopolitique, face à la multiplication des chocs, une économie insuffisamment assurée peut-elle encore prétendre à la souveraineté ? L’assurance n’est pas une simple ligne budgétaire. C’est le pilier silencieux de notre résilience nationale. Fragiliser ce bouclier c’est condamner le tissu productif français à une dépendance totale d’un Etat-providence que nos finances publiques ne permettent plus d’assumer.
Le faux sentiment de sécurité, notre premier angle mort
Le premier péril n’est pas l’absence totale d’assurance mais l’illusion d’être protégé. Trop de dirigeants de PME et d’ETI croient disposer d’une couverture adéquate, sans avoir mesuré l’écart entre leurs garanties et la réalité de leurs risques. Sur le risque cyber, les chiffres sont édifiants : seulement 36 % des TPE/PME françaises sont couvertes, alors que plus d’une sur deux (57 %) a subi au moins une cyberattaque dans les douze derniers mois (Hiscox Cyber Readiness Report, 2025.).
Le risque climatique suit la même trajectoire : l’épisode de grêle du 3 mai 2025 en région parisienne a généré 61 000 sinistres et 200 millions d’euros de dommages en une seule journée (AMRAE, État du marché 2025.). Le problème n’est pas toujours le refus de s’assurer, mais le manque de lisibilité des contrats. Découvrir un trou de couverture au moment du sinistre produit des drames silencieux. Au-delà des pertes d’exploitation, c’est une perte de souveraineté commerciale immédiate qui menace : nous voyons désormais des PME prometteuses privées de levées de fonds cruciales ou exclues d’appels d’offres internationaux majeurs, faute de pouvoir présenter des garanties de continuité d’activité solides face à des donneurs d’ordres intransigeants.
Quand une PME tombe, c’est un territoire qui vacille
La souveraineté économique n’est pas une affaire de grands groupes, elle se joue au cœur de nos bassins d’emploi et les réseaux de sous-traitance. Une ETI ou une PME mal protégée ne disparait pas seule en cas de sinistre majeur. L’arrêt de sa production et l’asphyxie de sa trésorerie se propagent en quelques semaines à tout son écosystème local. À l’inverse, une entreprise correctement couverte peut activer sa garantie pertes d’exploitation, maintenir ses paiements et préserver les emplois. L’assurance est un maillon de la résilience territoriale autant que de la résilience de l’entreprise.
L’État ne peut pas être l’assureur de dernier ressort
La crise du Covid l’a démontré : quand les entreprises ne sont pas assurées, c’est la collectivité qui paie. Les dispositifs exceptionnels de 2020-2022 ont représenté plusieurs dizaines de milliards d’euros par an, compensant des pertes qui auraient pu relever de l’assurance privée (data.gouv.fr, 2022.). Les catastrophes naturelles racontent la même histoire. Le coût des dommages assurés liés aux inondations a atteint 1,2 à 1,35 milliard d’euros en 2024, contre 800 millions à 1 milliard en 2023, ce qui a conduit à relever la surprime CatNat de 12 % à 20 % en 2025 (CCR, bilan CatNat 2023-2024.). Les aides publiques aux entreprises représentent au total entre 110 et 210 milliards d’euros par an. (Vie-publique.fr, 2024.) Ce transfert systématique du risque vers l’État devient une impasse budgétaire : les aides d’aujourd’hui sont les impôts de demain.
L’expertise de terrain, seul rempart contre l’inassurabilité silencieuse
Face à la complexité croissante des risques, la tentation est grande de s’en remettre aux comparateurs en ligne et aux algorithmes. Ces outils ne répondent qu’aux questions qu’on leur pose, ils sont incapables d’identifier les risques que l’entrepreneur ne sait pas encore nommer. Déceler, hiérarchiser et couvrir les risques d’une entreprise réclame une lecture ancrée dans la réalité sectorielle et territoriale, capable d’agir avant le sinistre – audit préalable, plan de prévention adapté, révision des exclusions contractuelles.
Deux priorités pour faire de l’assurance un investissement stratégique
Pour que l’assurance soit perçue comme un investissement dans la résilience, et non comme une taxe subie, deux chantiers législatifs prioritaires s’imposent. D’abord, une pause réglementaire assortie du principe de proportionnalité. Toute règle nouvelle doit s’adapter à la taille de l’entreprise, à son chiffre d’affaires et à son secteur. Ensuite, la co-construction des cadres réglementaires avec les professionnels du terrain doit devenir la norme, car chaque fois qu’une réglementation se construit sans associer les praticiens du risque, le marché se distord au détriment de l’assuré final qui en supporte le coût.
Une entreprise assurée est une entreprise souveraine. L’assurance n’est pas un simple coût de fonctionnement. C’est le fondement silencieux de la compétitivité et de la souveraineté économiques françaises.