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3 mars 2020

« Le dialogue social dans la branche professionnelle du courtage d’assurances est d’une grande qualité »

Interview de Laila KASH, membre de la SPP intermédiation de l’OPCO Atlas, représentante de la CFDT dans la branche du Courtage d’Assurances et de Réassurance et Thierry TISSERAND, Secrétaire Général Adjoint de la fédération CFDT des Banques et Assurances (FBA CFDT), chef de file de la délégation CFDT dans la branche courtage.

Lorsque Thierry Tisserand devient responsable de la branche Courtage d’assurances pour la CFDT en 2014, il constate qu’il y a beaucoup à faire dans l’approche même du dialogue social. Le Contrat de génération[1] a été signé, dans un contexte toutefois marqué par des méthodes de travail très établies. Dans les réunions plénières paritaires, il n’était pas aisé de faire avancer certains sujets, chacun campant sur ses positions. Face à cette situation, Thierry Tisserand milite pour un changement de méthode, notamment sur les thématiques les plus importantes : mettre en place des groupes de travail avant de revenir en commission paritaire. Même si cela ne s’était pas encore pratiqué dans la branche du courtage d’assurances, cette approche fait ses preuves et permet d’avancer sur des sujets aussi structurants que la négociation sur le forfait des cadres en 2014/2015, où la jurisprudence a pu être intégrée dans l’accord, ou encore lors de la négociation du Pacte de Responsabilité, menée en mode projet. C’était ainsi la première fois qu’un cabinet d’expertise comme Syndex faisait une présentation en commission paritaire, permettant de définir des objectifs sur la base d’un constat partagé, et chiffré.

Comme le souligne Laila Kash, la période de 2012/2013 correspond aussi à la création des OPCA[2], et la branche du courtage a dû sortir de OPC’ASSUR pour rejoindre Agefos PME. Elle en tire deux constats : d’une part, les enjeux politiques se sont révélés plus importants dans le cadre de l’OPCA, et d’autre part, le dialogue s’est fait avec des entreprises de plus petite taille. Cette période a permis aux partenaires sociaux de mieux se connaître. Le rassemblement au sein d’un OPCA a aussi mené à une confrontation du secteur du courtage avec d’autres secteurs, et mécaniquement permis une ouverture à d’autres pratiques, où la mise en place de groupes de travail et de réunions bilatérales est courante.

Ainsi, armés de méthodes de travail nouvelles mais déjà éprouvées, et d’un état d’esprit d’ouverture, les partenaires sociaux ont enchaîné à partir de 2016 la signature d’une série d’accords sur la formation professionnelle, le Comité Social et Economique (CSE), le télétravail, l’indemnité de licenciement et l’indemnité de retraite.

Si ces discussions ont été si fructueuses, Laila Kash comme Thierry Tisserand sont formels : cela tient à la qualité des relations qui se sont instaurées. La confiance est de mise, et elle repose sur une même vision du secteur du courtage d’assurance, qui ne pourrait absorber les exigences de celui de l’assurance notamment. Les femmes et les hommes qui oeuvrent pour le dialogue social ont une perception fine des entreprises, et la capacité à apporter des solutions adaptées à leurs activités. Les représentants des cabinets de courtage sont souvent issus de petites structures et ils ont une bonne connaissance des réalités de terrain, contrairement à certains DRH de grands groupes qui peuvent sembler plus éloignés des enjeux sociaux.

Les réalisations obtenues dans le cadre du Pacte de Responsabilité et de Solidarité sont une source de fierté pour la CFDT, profondément investie sur ce sujet, de sa négociation à son bilan. Même si tous les accords sont de bonne tenue pour Laila Kash et Thierry Tisserand, l’accord sur le télétravail reste l’un de ceux qui les a convaincus qu’en mettant de côté des postures et en recherchant tout de suite les aspects pratiques et un objectif à atteindre, toutes les parties prenantes pouvaient être signataires.

Pendant deux ans, le sujet sensible des salaires minima n’avait pas pu faire l’objet d’un accord, en raison de fortes tensions au niveau de la Commission paritaire. « C’est presque un mal pour un bien » philosophe Thierry Tisserand, « car cette année, tout le monde est venu pour négocier », permettant la signature d’un accord unanime.

Parmi les sujets sur lesquels des discussions restent en cours, la formation professionnelle demeure centrale, pour le courtage comme en parallèle pour l’assurance ou les agents généraux. Promouvoir les CQP et créer un diplôme spécifique de courtier sont des sujets dédiés à la branche professionnelle du courtage, mais plus largement les sujets d’attractivité du secteur, du recrutement de nouveaux talents ou d’apprentissage deviennent des enjeux communs à tous les métiers de l’assurance. C’est pourquoi il est primordial de signer des accords qui bénéficient concrètement aux salariés, comme sur le télétravail ou tout récemment sur les frais de soins de santé. Cette hausse des conditions offertes par la convention collective à l’ensemble des salariés pourrait à terme se révéler concluante en matière d’attractivité des entreprises du secteur.

Et  l’avenir alors ? S’il est important pour Laila Kash et Thierry Tisserand de ne pas partir avec des logiques anciennes sur un nouveau modèle, ils restent à la fois confiants et mobilisés. Pour eux, les branches doivent rester souveraines pour défendre les intérêts des petites et moyennes entreprises. Le rapprochement des branches professionnelles, un souhait du gouvernement, doit permettre la définition d’un socle minimum de protection.  Aujourd’hui, il existe de fortes distorsions entre les différentes branches. Quand celles-ci sont suffisamment protectrices, il faut faire en sorte que tous les salariés soient correctement protégés par une convention collective. Dans les branches les plus importantes en nombre de salariés, ou les branches multi-sectorielles, il peut s’avérer difficile d’avoir une seule convention collective. Pourquoi ne pas imaginer un socle commun sur tous les sujets impactants, avec des annexes spécifiques par métiers … ?

En conclusion, le dialogue social dans la branche professionnelle du courtage est aujourd’hui sorti des logiques d’opposition pour s’animer avec conviction et pragmatisme.

 

Propos recueillis par Céline MESLIER

[1] Supprimé en 2017, Le contrat de génération était en place depuis le 15 mars 2013. Ce dispositif constituait une aide à l’emploi avec pour objectif d’inciter à l’embauche des jeunes travailleurs tout en maintenant les emplois des séniors au sein de l’entreprise.

[2] OPCA = organisme paritaire collecteur agréé, mis en place à compter du 1er janvier 2012