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12 janvier 2021

La culture du risque, autre voie pour agir contre le dérèglement climatique

Le réchauffement climatique implique des changements de paradigme dans la manière de prévoir les événements qui en découlent. En décembre, une webconférence organisée par  la CCR (Caisse centrale de réassurance) s’est attachée à définir les avancées sur ce plan.

Le dérèglement climatique nécessite une adaptation des régimes de catastrophes naturelles et de calamités agricoles car des événements qui ne survenaient qu’une fois tous les cent ans se déroulent désormais tous les 10 ou 20 ans, voire plus fréquemment, avec leur lot de conséquences dramatiques. Ce qui fait dire à Laurent Montador, directeur général adjoint de la CCR,  que l’« on parvient à des limites dans l’assurabilité par rapport à certains périls ou certaines régions mais aussi dans les possibilités budgétaires que peuvent y consacrer nos sociétés ».

La France n’échappe pas au dérèglement climatique : depuis le début du 20ème siècle, le niveau de réchauffement des températures a atteint 1,7 ° et 2020 est l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec un certain nombre d’événements extrêmes (vagues de chaleur, épisodes de pluie méditerranéens, tempêtes hivernales).  Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint de la climatologie et des services climatiques de Météo France,  a indiqué que « Quelque soit le scénario, toutes les modélisations climatiques font apparaître une poursuite de la hausse des températures au cours des deux prochaines décennies d’au moins un degré dans l’Hexagone. Le niveau d’élévation de la température dépendra des mesures que nous serons à même de prendre ou pas ».

Doublement du coût en 20 ans

En conséquence, les catastrophes naturelles représentent un coût de plus en plus élevé pour les assureurs et ce montant pourrait être multiplié par deux lors des deux prochaines décennies, selon les dernières estimations. Pour Jean-Louis Charluteau, directeur réassurance de Climate Lab, démarche initiée depuis 2016 par Generali pour développer de nouveaux outils de cartographie et de modélisation des risques, « l’assurance est aujourd’hui un formidable instrument de résilience mais il ne peut être le seul » face à la montée des événements climatiques. A ce jour, les deux principes mis en œuvre par les assureurs sont la mutualisation et la diversification entre des risques de nature homogène ou avec d’autres branches mais ces principes sont mis à mal à cause de la hausse de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles. L’exposition des populations à de tels aléas est de plus en plus grande et l’accumulation des biens et des valeurs assurés a des répercussions  importantes sur le coût de ces événements.

Et Jean-Louis Charluteau d’ajouter : « des phénomènes peuvent revêtir un caractère systémique qui les rendent difficilement gérables par l’assurance, comme c’est le cas avec la pandémie de coronavirus ». A terme, le modèle de l’assurance des dommages aux biens pourrait bien être en danger. En vue d’y pallier, des assureurs ont entrepris d’investir dans la recherche, la connaissance du climat, des aléas, des territoires et des facteurs de vulnérabilité. Ce qui est inévitable, c’est une hausse des primes d’assurance parce que les assureurs, comme les réassureurs, fonctionnent dans un monde qui connait des limites, à l’inverse des Etats et des sommes débloquées face à la pandémie de la Covid-19, par exemple. Après la mutualisation et la diversification, la culture du risque se révèle être une troisième voie et elle concernerait à la fois les particuliers et les entreprises, procédant dans une logique d’individualisation des périls en fonction de l’exposition.

Des données qui s’affinent

Dans l’objectif de développer la culture du risque et de mieux comprendre les évolutions des phénomènes naturels, la quantité de données disponibles sur le climat est de plus en plus importante grâce aux différents outils utilisés et des liens sont tissés entre ces nouveaux services et les assureurs. Notamment, on parvient à avoir des outils dont la précision s’améliore au fil du temps et qui permettent de prévoir à une échelle locale de plus en plus restreinte (12 km). La recherche travaille actuellement à des versions visant à anticiper les conséquences d’un événement kilomètre par kilomètre.

Geneviève Allaire