Actualités

Fraude documentaire : l’IA accélère les risques, la coopération devient indispensable

Le deuxième rapport de l’Observatoire Tessi de la fraude documentaire met en lumière une évolution majeure : la fraude ne se limite plus à la falsification d’un document isolé. Elle s’étend désormais à l’ensemble des processus utilisés par les entreprises, les assureurs, les banques et les administrations. Dans un contexte marqué par l’essor de l’intelligence artificielle, les fraudeurs gagnent en sophistication tandis que les organisations renforcent leurs dispositifs de contrôle.



Selon le rapport, la fraude documentaire continue de progresser en France. En assurance, l’ALFA a détecté 903 millions d’euros de fraudes en 2024, soit une hausse de 30 % sur un an. Le coût réel est estimé à 2,5 milliards d’euros par an. De son côté, l’Assurance Maladie a détecté et stoppé 723 millions d’euros de fraudes en 2025, un montant record.

Le phénomène évolue également dans sa forme. Les fraudeurs ne se contentent plus de falsifier des documents. Ils construisent des dossiers complets à partir de pièces authentiques, de déclarations trompeuses et de montages élaborés. L’objectif consiste désormais à contourner les contrôles tout au long du processus.

L’intelligence artificielle, entre menace et opportunité

Le rapport souligne le rôle grandissant de l’IA dans les mécanismes de fraude. Cette technologie facilite la création de faux contenus, améliore les campagnes de phishing et contribue au développement des deepfakes. Les experts interrogés estiment toutefois que l’IA reste davantage un outil d’assistance qu’un faussaire autonome.

Parallèlement, les entreprises utilisent également l’IA pour détecter les anomalies, analyser les documents et identifier les signaux faibles. Plusieurs acteurs du marché constatent déjà des gains significatifs grâce à ces technologies.

Assurance, banque et santé particulièrement exposées

Les secteurs de l’assurance, de la banque, de la santé et de la rénovation énergétique figurent parmi les plus touchés. Les faux justificatifs, les usurpations d’identité, les détournements de RIB ou encore les factures falsifiées constituent aujourd’hui les principales sources de fraude.

Dans le secteur assurantiel, les experts alertent sur la montée des réseaux organisés et sur la professionnalisation des fraudeurs. En santé, les faux arrêts de travail, les fausses factures et les usurpations d’identité représentent des enjeux majeurs.

La technologie ne suffit pas

L’un des principaux enseignements du rapport est clair : « la technologie détecte, l’humain décide ». Les outils de détection deviennent indispensables face au volume des documents à contrôler, mais les experts soulignent l’importance de l’analyse humaine, de la formation des équipes et de la connaissance métier.

Le rapport identifie également un défi majeur : le manque de partage d’informations entre acteurs. Les contraintes réglementaires, le secret professionnel ou encore la concurrence freinent la coopération, alors que les fraudeurs opèrent sans frontières sectorielles.

Vers une lutte plus structurée

L’Observatoire met en avant plusieurs pistes d’amélioration : développement de l’identité numérique européenne, généralisation des systèmes de vérification à la source, renforcement des dispositifs de prévention et montée en puissance de la coopération entre acteurs publics et privés.