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La prévention n’est pas un coût, c’est notre meilleure assurance

Tribune de Jean-François Cousin, Président de PLANETE CSCA et Florence Louppe, Directrice générale, Diot Siaci Corporate Solutions & conseillère du Président PCSCA ; publiée le jeudi 29 janvier dans L'Opinion.


02 / 02 / 2026


La montée inexorable des risques bouleverse la vie des entreprises : intensification des aléas climatiques, multiplication des cybermenaces, émergence de risques systémiques liés à l’intelligence artificielle, risques d’émeutes… L’exposition progresse, l’interconnectivité amplifie les chocs et la sinistralité s’installe dans un nouveau régime durable.

Face à cette transformation : voulons‑nous répondre par la taxe, ou engager enfin une stratégie nationale de prévention ? La prévention n’est plus un coût : c’est un nécessaire investissement ; un investissement qui va au-delà du seul bénéfice pour l’entreprise pour faire écho à notre enjeu de souveraineté économique. Il est temps de le reconnaître, de l’accompagner et de l’accélérer.

Le coût des événements climatiques en France a atteint 5 milliards d’euros en 2024. Ce niveau, durablement supérieur aux décennies précédentes, avec en moyenne un montant qui a plus que triplée en 40 ans, confirme un changement structurel. La fréquence et l’intensité progressent, notamment dans les outre‑mer où certains cyclones ont atteint des montants historiques.

Du côté cyber, la situation est tout aussi alarmante : 5 629 notifications de violation enregistrées par la CNIL (+20 % en un an), incidents ayant touché plus d’un million de personnes multipliés par deux, +15 % d’événements traités par l’ANSSI, et 74 % des entreprises françaises touchées par un ransomware selon Sophos. Le risque cyber n’est plus un risque informatique : c’est un risque opérationnel majeur.

Anticiper les risques géopolitiques, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et diversifier les partenariats permet de limiter la fragilisation de certaines filières. Dans ce contexte, la meilleure option reste le sinistre évité. La prévention devient non seulement un impératif de continuité d’activité, mais un véritable différentiel de compétitivité.

Pourtant, la tentation de la taxe l’emporte encore. En 2024, le régime Cat Nat a été renchéri ; le projet de taxe sur les émeutes a suivi. Chaque réforme ajoute une couche supplémentaire, jusqu’à atteindre des niveaux historiquement élevés de prélèvements parafiscaux sur l’assurance.

Et dans le même temps, les incitations à la prévention restent bien trop faibles. Le fonds Barnier n’a pas été suffisamment revalorisé. Les collectivités, pourtant en première ligne, restent fragilisées par un immobilisme budgétaire qui limite leurs capacités d’action.

Or la prévention a fait ses preuves : moins d’accidents, moins d’interruptions d’activité, baisse de la sinistralité, valorisations améliorées, et un ROI documenté. Les retours d’expérience convergent : 1€ investi en prévention peut générer plus de 2€ de gains. Et surtout, elle conditionne la vitesse de reprise après un choc.

Il s’agit désormais pour les entreprises de pouvoir accéder à un dispositif de prévention, d’en actionner les bons leviers dans un objectif long terme et de se faire accompagner, en faisant notamment appel à un courtier.

Il s’agit de :

  • Cartographier et scénariser : analyses de dépendances, stress tests climatiques, simulations d’interruptions d’activité. Les chaînes d’approvisionnement restent très exposées, notamment en cyber : maîtriser ses tiers devient stratégique.
  • Structurer un plan de prévention pragmatique et digérable en priorisant les mesures critiques.
  • Trouver les meilleures solutions assurantielles, celles qui répondent le mieux aux priorités de l’entreprise, entre efficacité tarifaire, largesse des garanties et adaptation de celles-ci aux nouveaux défis du monde.
  • Être entouré de professionnels en mesure de coordonner les actions, d’officier pour une indemnisation le plus vite possible. L’objectif premier : permettre à l’entreprises de ne pas mettre le genou à terre.

Au-delà du sujet assurantiel, dans un contexte d’interdépendance mondiale et d’instabilité politique internationale, la prévention s’inscrit dans un enjeu de souveraineté économique et numérique. Une entreprise qui ne redémarre pas après un choc, c’est une filière fragilisée, une dépendance accrue, une perte de compétitivité durable. La prévention est donc un outil de puissance économique : elle sécurise les chaînes de valeur, protège l’emploi et garantit la continuité de nos activités essentielles.  Il faut mettre fin à l’illusion du « tout assurable ».

Prévenir, c’est protéger le modèle économique français. Chaque euro non dépensé en sinistre est un euro disponible pour l’emploi, l’investissement ou la transition écologique. L’ampleur des chocs impose une vérité simple : l’assurabilité est un bien commun. C’est la condition d’une économie française à la fois résiliente et compétitive. La prévention est un sport d’équipe.